Choses qui mettent la larme à l’œil

Chansons

Barbara, « Il pleut sur Nantes », surtout depuis que je connais l’inspiration autobiographique des paroles.

Brel, « Ne me quitte pas », bien sûr, quand on arrive à ce sommet : « l’ombre de ton ombre, l’ombre de ton chien ».

Les chansons de pauvres, comme « Mon vieux » de Daniel Guichard ou « Les vacances au bord de la mer » de Michel Jonasz.

Berthe Sylva, parce que ma mère écoutait ses disques en boucle sur un vieux Teppaz qui crachait, en me racontant son histoire (celle de B.S. — mais aussi la sienne, celle de la mère —, ses misères, le mouchoir fétiche qu’elle avait toujours à la main quand elle était sur scène), et particulièrement « Les roses blanches ». Idée d’écrire un jour une vie de Berthe Sylva. Par chance, on a ressorti ses chansons en CD.

Événements

Un otage qu’on libère, et les embrassades sur le tarmac.

Des paroles justes lors d’un enterrement, un proche qui joue de la musique, même mal, surtout mal (funérailles de Daniel Anger, 24 juin 2011).

Pendant le Giro 2011, un coureur cycliste se tue. Le lendemain, les autres coureurs laissent gagner son équipe, qui arrive groupée sur la ligne. Ce qui émeut : le geste, le panache, l’affirmation de la solidarité de corps, de destin.

Les dernières lettres des résistants qu’on va fusiller. En voulant rendre sa lecture obligatoire dans les écoles, Sarkozy nous a gâché la belle lettre de Guy Môquet.

Les Justes, les héros ordinaires qui refusent le nom de héros et en cela le sont, qui refusent l’honneur d’une médaille ou même d’une citation, parce qu’ils ont fait ce qu’ils avaient à faire, simplement, et que tout le monde, supposent-ils, aurait fait la même chose à leur place.

Les retrouvailles, cinquante ans après, d’un parent, d’un ami qu’on croyait mort ou perdu. Internet opère de ces miracles.

Les bouquets de fleurs (surtout les fleurs artificielles) attachés sur des poteaux au bord des routes.

Les fleurs séchées, surtout les lilas de mer, celles que les romanichels vendaient au Crotoy, et les roses blanches, à cause de la mère.

« Tous les enfants qui passent me la rappellent. Et mon pauvre petit Jacques aussi, dont je ne verrai point les premiers pas sur le sable. Je crois comme tu me l’écris, qu’il sera très doux et très affectueux. Chaque fois que je pense à lui, je le vois détourner la tête de son petit air timide. Et cela m’emplit d’une telle émotion, que les larmes m’en viennent aux yeux » (lettre d’Émile Zola à Jeanne Rozerot, 16 août 1892, Zola, Correspondance, éd. Alain Pagès, GF-Flammarion, 2012, p. 267).

Les petites tombes d'enfants dans les cimetières, si petites pour la taille d'un corps d'enfant (avec Jean, au cimetière d'un village normand, pendant des noces, août 2012).