Choses qui font plaisir

Retrouver une chose qu’on croyait perdue.

Perdre une chose dont on ne savait pas comment se débarrasser.

Un ami qui arrive exactement après qu’on a tourné la dernière page d’un livre si passionnant qu’on ne l’aurait interrompu à aucun prix.

Un ami, un amour qu’on a beaucoup attendu et qui arrive quand on ne l’attend plus.

Dans le beau livre de Françoise Héritier, Le Sel de la vie, Odile Jacob, 2012, je prélève quelques-uns des événements où je me reconnais. C’est la force de ce livre d’être à la fois très personnel et universel : parce qu’il est simple et humain, tout lecteur peut constituer sa propre petite anthologie. Voici la mienne, avec un renvoi à la page :

La sieste à l’ombre (16), prendre les chemins côtiers un jour de grand vent (19), faire le vide dans ses placards (25), décoller en avion ou atterrir (28), faire se refléter sous le menton le jaune des boutons d’or (40), passer une nuit blanche pour veiller le premier mort dans sa famille (45), marcher dans la mer (id.), ne plus avoir mal aux dents (ou nulle part ailleurs) (46), ne pas parvenir à se souvenir d’histoires drôles (47), cueillir des mûres (51), redonner vie aux morts en parlant d’eux (57), connaître quelqu’un de si indifférent au quotidien qu’il doit regarder par la fenêtre si on lui demande au téléphone s’il fait beau ou s’il pleut (58), se plaire dans l’atmosphère des cimetières des petites villes à la Toussaint, détester la résistance des objets et des choses inertes, imaginer les gens à partir de leur voix (64), se souvenir d’avoir aimé les films de François Truffaut et la voix si particulière de Delphine Seyrig (70).

Nager dans la mer, face au soleil, les yeux fermés. Sentiment d’éternité, comme dans le poème de Rimbaud : « Elle est retrouvée. / Quoi ? — l’Éternité. / C’est la mer allée / Avec le soleil », et sa variante d’Une saison en enfer : « C’est la mer mêlée / Au soleil ».

Se réveiller naturellement (sans la sonnerie d’un appareil) vers 4 ou 5 heures du matin, l’esprit lucide (un ou deux cafés la veille), travailler en pensant que les autres dorment encore, et se rendormir sur le matin, avec la bonne conscience du devoir accompli, au moment où les autres se réveillent.